
En entreprise, l'anglais se conjugue à l'impératif
Date : Jeudi 04 février 2010 @ 09:17:35 :: Sujet : A lire
Mondialisation oblige, maîtriser la langue de Shakespeare est devenu une compétence indispensable aux yeux des employeurs. Les tests se multiplient, à l'embauche ou en cours de carrière.
[ 04/02/10 Les Echos ]

Richard Dutour est trilingue. Il parle, depuis son plus jeune âge, le
français, le castillan et le catalan. Le catalan que le Salon
Expolangues (*), qui a ouvert ses portes hier, a choisi de mettre à
l'honneur. « Tant qu'il s'agit de langues méditerranéennes, tout va
bien, explique-t-il. Mais c'est avec l'anglais que les choses se
corsent. » Ce coordinateur événementiel n'a pourtant pas eu le choix :
l'anglais est sa langue de travail depuis son embauche, l'an dernier,
par Everest Gaming, un site international de poker en ligne. « Compte
tenu de mon emploi du temps serré, j'ai choisi d'opter pour une
formation on ne peut plus personnelle », indique-t-il. Ce qui a
consisté à visionner des DVD en version originale, à glaner du
vocabulaire technique dans des ouvrages spécifiques ou des journaux, et
surtout sur le Web. Un système D couronné de succès puisque, mû par les
nécessités de son métier et par une autodiscipline de fer, Richard
Dutour a vite progressé en anglais.
Comme Richard Dutour à l'origine, 49 % des cadres en France se disent
mal à l'aise lorsqu'ils sont confrontés à une langue étrangère et ont,
à 60 %, un mauvais niveau de langue, d'après un sondage effectué par
l'Ifop pour la société Systran fin 2008. Problème : 91 % des cadres qui
pratiquent au moins une langue étrangère doivent lire des documents qui
ne sont pas en français, voire les rédiger eux-mêmes…
Cette situation, ajoutée à un contexte de crise économique, contribue
de plus en plus à placer la maîtrise des langues étrangères au rang des
outils de sélection des meilleurs éléments (avec la formation, les
connaissances techniques, etc.). « De sélection à l'embauche, mais
aussi en interne, note Alain Daumas, directeur France d'ETS Global,
spécialiste des tests d'anglais. Maîtriser une langue est à tel point
devenu un atout que les directions qui prévoyaient du chômage partiel
et technique ont poussé à la formation linguistique. » Une formation
qui porte principalement sur l'anglais, avec une moyenne de 35,5 heures
par salarié, et qui touche 71 % des salariés de la région parisienne,
d'après une récente étude d'ETS Global.
Téléphone et « e-learning
»
Le plus souvent, les établissements décentralisés de grands groupes et
les PME demandent des formations exclusivement centrées sur le métier.
« Je ne comprenais pas toujours mes interlocuteurs, avoue Béatrice
Tricon, en charge de l'affrêtement dans l'entreprise de transport
maritime Eculine. Or il me faut quotidiennement répondre à de multiples
questions relatives à la marchandise, notamment en cas de réclamation.
» Pour se sentir plus à l'aise, elle a pris des cours par téléphone « à
raison de deux conversations téléphoniques par semaine depuis septembre
dernier ». Et c'est payant, puisqu'elle se sent depuis plus réactive et
moins sur la défensive.
Les grandes entreprises - où les cadres et le « top management » sont
déjà formés -recherchent de plus en plus, quant à elles, des
prestataires à distance capables de déployer des systèmes intégrés de
formation linguistique au niveau mondial. C'est le cas de l'entreprise
de conseil et intégration de systèmes Logica, qui mise sur la formation
en ligne (« e-learning ») assortie de coaching téléphoniques pour ses
400 « managers insight ». Idem chez GSK : « En trente heures de cours,
j'ai amélioré mon écoute et acquis une fluidité de langage. Il me faut
maintenant encore gagner en vocabulaire », explique Mireille Bruxelle,
attachée de recherche clinique et en formation chez GoFluent. Les
jeunes consultants du groupe lyonnais d'ingénierie Akka Technologies
recourent, eux aussi, au « blended learning » : un mélange d' «
e-learning », de formation sur site et par téléphone. « La solution
Internet est pratique et nous y recourons de plus en plus, car beaucoup
de nos collaborateurs ne sont pas dans nos bureaux mais dispersés chez
nos clients. Par ailleurs, cette formule est familière aux plus jeunes,
qui l'ont pratiquée pendant leurs études », justifie Lionel Morin,
responsable de la formation. Mais ce responsable tient aussi à ce que
les salariés aient des rendez-vous physiques avec un formateur interne
ou externe, « dans l'esprit du tutorat ».
Apprendre à pratiquer une langue au téléphone est important, car
beaucoup d'échanges avec les donneurs d'ordre s'effectuent ainsi. «
D'une manière générale, nous partons de problématiques concrètes
auxquelles doivent faire face nos salariés afin qu'il puissent être le
plus opérationnels possible. Nous leur demandons presque du bachotage
quand il s'agit d'apprendre tous les termes techniques d'une pièce
industrielle », indique Lionel Morin. Dans le cas des commerciaux, où
l'enjeu relationnel est fort, la formation linguistique se fait dans le
pays et avec des autochtones, pour « parfaire l'accent ». Car il y a
des compétences que l'on ne peut pas améliorer sur son ordinateur.
Mesurer les progrès
Pour les employeurs, il ne s'agit plus de financer de la formation
professionnelle à l'aveugle. Ils exigent désormais la fixation d'axes
de progrès et une évaluation des niveaux, autrement dit un retour sur
investissement. « 62 % des entreprises évaluent les niveaux d'anglais
des personnes à l'embauche, indique Alain Daumas. Mais les salariés
déjà en place n'y échappent pas non plus. L'évaluation sert à
l'évolution de carrière, à l'envoi des salariés en mission à l'étranger
ou à la mesure des comportements en situation stressante. »
Résultat : un nombre croissant de salariés sont priés de passer un
examen comme le TOEIC (lire ci-contre). Et, à ce petit jeu, une analyse
par secteurs révèle que les premiers de la classe se retrouvent dans la
finance, alors que la construction et le BTP, avec son faible score,
porte le bonnet d'âne.
« Je n'ai pas eu le choix, mon manager m'a fait prendre des cours chez
Berlitz et inscrite dans la foulée au TOEIC », explique une
administratrice des ventes du secteur de la bio-industrie. « Le
problème est que au bout d'une dizaine de cours, je ne me sentais pas
prête. Le test m'a stressée. Trop rapide, il demande beaucoup de
mémoire et me laisse dubitative. »
Des réflexions sont en cours pour proposer des formules d'enseignement
toujours plus innovantes : travail de la mémoire auditive, cours
d'improvisation, jeux vidéo, etc. L'objectif est de répondre à la
diversification croissante des besoins des salariés en termes de
compétences linguistiques et à l'internationalisation de la société.
MURIEL JASOR AVEC MARIE-ANNICK DEPAGNEUX, Les
Echos.
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