Des archives à l'épreuve des siècles
Écrit par
Anonyme. Posté le Vendredi 06 novembre 2009 @ 11:27:53 par
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La start-up Arnano a développé une technologie de stockage optique sur des disques de saphir pouvant contenir 8.000 pages de texte. Objectif de ce support quasiment indestructible : concurrencer les microfiches d'archivage.
A l'oeil nu, on distingue seulement de petits rectangles gris : ce sont
des pages. Sur ce disque mesurant 20 centimètres de diamètre, il y en a
environ 8.000. Rien de révolutionnaire à l'heure où une bibliothèque
tient sur une clef USB ? A un détail près : la galette en question a
une durée de vie de deux millions d'années ! Ce nouveau support de
stockage pérenne, baptisé « Nanoforme », a été développé par Arnano,
une société grenobloise, essaimée du Commissariat à l'énergie atomique
(CEA). Créée en juillet par Alain Rey, un ingénieur en
microélectronique de cinquante-trois ans, Arnano pilote un projet
labellisé par Minalogic, le pôle de compétitivité isérois sur les
nanotechnologies. L'objectif : créer une filière d'archivage à
l'épreuve des siècles.
Si les technologies numériques facilitent la circulation des
informations, elles ne sont pas adaptées à leur stockage : la durée de
vie d'un DVD ou d'un CD n'excède pas une dizaine d'années, les disques
durs sont relativement fragiles et, surtout, l'évolution des logiciels,
des supports et des techniques d'encodage finit inéluctablement par
rendre les données inexploitables. C'est pourquoi la plupart des
entreprises et des institutions conservent leurs archives sur des
supports analogiques : en général, des microfilms au format A6 (105 x
148 mm), appelés « microfiches », semblables à ceux utilisés par les
bibliothèques pour la consultation des journaux anciens. Leur durée de
vie est de cinquante ans… à condition d'être manipulés avec précaution
! Les films de plastique sont fragiles, ils se rayent facilement et
doivent être maintenus à l'abri de l'humidité et de la lumière.
Le support proposé par Arnano, lui, est pratiquement indestructible.
Textes et images sont gravés sur un disque de saphir synthétique
translucide, puis recouverts par un autre disque soudé au premier par
adhérence moléculaire - une technologie brevetée par le CEA. Protégés
dans cette armure minérale, ils résisteront à toutes les agressions. Le
saphir est le matériau le plus dur après le diamant. Il ne se raye pas,
résiste aux acides et supporte des températures de 2.000 degrés. « Il
peut survivre à un incendie », assure Alain Rey. Outre sa longévité et
son endurance, la nanoforme présente un troisième avantage : à surface
égale, elle stocke dix fois plus d'informations qu'une microfiche.
Arnano exploite les dernières avancées de la microélectronique pour
graver les documents avec une résolution de l'ordre du micron. Chaque
ligne de texte est cinq fois plus fine qu'un cheveu. Les 230 pages du
Nouveau Testament tiennent sur 3 centimètres carrés ! Seul inconvénient
: à ce jour, l'archivage sur nanoforme revient cinq fois plus cher que
sur microfiche. Comptez 50 centimes par page au format A4, soit 4.000
euros pour un disque « plein ». « Ce surcoût est compensé par la durée
de vie et le fait que l'entreposage ne nécessite aucune précaution
particulière », estime Alain Rey.
Créer une filière en Isère
Labellisé par Minalogic, le projet Nanoforme veut créer, autour
d'Arnano, une filière complète d'archivage pérenne en Isère. Le CEA et
d'autres entreprises du département y sont associés. Ainsi, la société
RSA Le Rubis va développer une production de disques de saphir
synthétique - ceux qu'utilise Arnano sont importés du Japon. Une autre
entreprise, Pleiades Technologies, met au point un scanner de
nanoformes, qui numérisera le contenu des disques afin de les manipuler
plus facilement. Cinq millions d'euros vont être investis sur ce projet
dans les deux ans qui viennent.
L. BA.,
Les
Echos